29/10/2003EléphantJ'ai aimé le film Eléphant de suite; une évidence, une simplicité, pas d'explications théoriques bidon, une errance esthétique sur un événement tragique. D'un côté ca fait docu mais de l'autre c'est complétement esthétisé, film poétique où l'on s'attache aux images, fascinantes.
J'ai lu que certains se demandaient pourquoi ca s'appelait Eléphant. Ben imaginez un éléphant dans votre salon... ca se voit! Ce film c'est l'éléphant que l'Amérique veut pas voir! Le titre vient en fait d'un autre film qui s'appelle Eléphant, d'Alan Clarke, et qui symbolise le big problème qu'on ne veut pas voir.
Certains films me marquent souvent par un détail, petit mais symbolique, et qui vaut signature pour le film. Je pense au cri du Vice-consul dans India song, cri de l'expression du désir impossible! Sans mauvais jeu de mots, le cri d'Eléphant c'est ce ralenti très particulier qui s'intègre au plan sans coupure et qui dilate le temps comme machine impossible à arrêter; oui ce film est tourné comme une tragédie où le ralenti montre un quotidien banal, un geste de tous les jours qui évidemment s'oppsera à l'horreur finale. Le temps se dilate à l'image de ces couloirs, trop grands, trop longs, labyrinthe scolaire où les ados aiment se perdre à loisir. Je pense à la main du père de John à la fin qui se pose sur l'épaule de son fils. Faut-il donc tout ce carnage, ce sang pour que le "père" desaoûle et revienne à la réalité ! Du sang à défaut de sens... Gus van Sant ne s'intéresse pas au pourquoi en faisant un film moralisateur qui désignerait les coupables et donnerait du sens à l'inexplicable, il tente le surgissement de la tuerie dans un univers "normal" où tout semble aller bien mais qui est habité par le vide : parce que parfois l'absence de sens appelle le sang.
Alors si ca ne vous a pas plu, il vous reste toujours American pie 3. 22/10/2003Je suis tellement heureux...... que je vais même peut-être refaire ma page portrait des "J'aime/j'aime pas"! C'est vous dire! Je suis heureux!Enfin je suis reconnecté à l'Internet depuis chez moi!! J'ai dû attendre 15 jours pour le transfert de ma connexion dans mon nouvel appart.! Et en plus hier ça ne marchait pas comme prévu et j'ai passé deux heures au téléphone (de minuit à 2H!) avec le type pour comprendre ce qui n'allait pas et le faire marcher.... en même temps je me réjouis de ce que les techniciens sont disponibles ici 24h sur 24!!
Donc voilà ça remarche et je peux aller sur gayattitude sans plus à avoir à le faire depuis mon boulot!
Donc ça m'excite car c'est bien agréable d'être relié comme ça au monde, à la France, à mes amis, mon journal depuis ma chambre et à n'importe quelle heure!
Aujourd'hui en plus c'est ma demie-journée de libre et pour la première fois depuis un mois je peux reprendre l'écriture de mon "roman"; de mon récit, serait plus juste. C'est pas un roman!
Et là je me prépare un thé; je fais une pause quatre heures! J'adore ça! C'est tellement rare...
Ce soir petite party chez une pote, Claire, demain soirée bridge chez la petite Françoise (pas joué depuis 2 ans, j'ai tout oublié! mais je trouve ça fascinant comme jeu... heureusement j'avais fait des fiches. Je révise.) Jeudi petit pot ici ou pendaison de crémaillère. Qu'est-ce que c'est con comme expression "pendaison de crémaillère" et puis plus personne n'a de crémaillère d'abord et on ne sait d'ailleurs même plus ce que c'est! Donc pot! En anglais y disent Housewarming = maison chauffante, putain c'est pas mieux!! Et vendredi : VACANCES! Une semaine!
Heureux, donc!
WAAAHHOOOOUUUUUUUUU!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!..................................... 19/10/2003A nouveau/de nouveauJe viens d'écrire que ma vie était à nouveau rangée; et je me demande si j'aurais pas dû dire de nouveau. Je ne me souviens jamais de la différence (et comme de toute façon personne ne le sait...), mais bon j'ouvre quand même mon dictionnaire :
de nouveau : pour la seconde fois, une fois de plus
à nouveau : d'une manière différente, sur de nouvelles bases
Intéressant, non ?
Evidemment je m'étais trompé puisque je pensais "une fois de plus" et en même temps cette erreur me plait (lapsus révélateur? la langue se joue-t-elle de moi ?) car je préfère que ma vie soit à nouveau rangée (il faudrait que je change "rangée" du coup sinon ca va plus), c'est moins bluesant! ça invite à repartir! Pourquoi un titre ?Ma vie est à nouveau rangée; voilà! je suis installé dans mon nouvel appart. j'ai fait un peu le ménage dans tout ces trucs qu'on garde et qui servent à rien. Je me pose enfin! Ça ne m'était pas vraiment arrivé depuis un mois, le 22 septembre en fait, jour de la catastrophe. Et maintenant je me demande pourquoi je me suis réinstallé ici, pourquoi j'en ai pas profité pour carrément rentrer en France; ou partir ailleurs. Il me semble que plus et plus je m'enfonce dans ce pays, avec délices toutefois!, et que j'y prend racine. Mais la France me manque. Les questions déjà posées reviennent; et pourquoi je suis ici, pourquoi je reste et quand vais-je rentrer etc. C'est quoi ma vie ? Deux places, deux pays, deux vies et l'aller-retour ad vitam aeternam ?
De finir de mon rangement m'a donné un coup de blues.
Bon j' voudrai pas démoraliser tout le monde , alors j'arrête. 14/10/2003J'adore le théQuand l'après-midi arrive, ou plus exactement la fin de l'après-midi, vers les 17, 18h, et que j'ai l'occasion d'être chez moi, l'idée de me faire un thé me procure un bonheur, une joie immense... le fait d'y penser me fait presque rentrer dans une sorte de transe de plaisir. Seulement à ce moment-là de la journée, le thé me fait cet effet; et bien sûr le plaisir est plus grand avant qu'au moment même de sa dégustation. Hier je me suis étonné de cette intensité de bonheur soudain, dans une journée morose où je pestais contre le manque de temps et une montagne de choses à faire... c'est peut-être que prendre son temps pour se faire un thé ou autre chose quand on a l'agenda plein, relativise énormément les choses et les priorités. Et moi, de fait, une de mes priorités c'est de me réserver un temps où je peux savourer un peu la vie, ou un de ses éléments.
Je n'avais d'ailleurs rien écrit dans mon journal depuis longtemps (par manque de temps!)
J'adore le thé; j'en bois des bols à la douzaine! 06/10/2003Passé le week-end à défaire des paquets, à défaut d'autres paquets que j'eusse aimé tater. (Bon je vous l'accorde mauvais jeu de mots; Sorty combien me mets-tu ?)
Vu La flûte enchantée (de Mozart, donc, pour ceux qui lisent les blogs des autres!) : c'était la première fois; vraiment sympa! En fait Mozart est le seul à avoir écrit des opéras funs, non ? des où c'est pas l'hécatombe à la fin, où c'est pas mélo à mourir, etc...
04/10/2003Cette fois j'en ai marre!C'est décidé je refais plus mon "jaime/j'aime pas" qui vient encore de se désintégrer devant mes yeux!!! On rêve!! J'enregistrais un changement et tout s'est effacé!!! Là y a vraiment un truc qui déconne! Mon nouvel appartementSamedi je vais emmenager dans mon nouvel appartement; one bedroom, c'est-à-dire 2 pièces. J'ai eu un petit coup de foudre pour l'endroit, charmant, bien tenu, plancher en bois, vieil immeuble du siècle dernier, victorien, avec moulures et décorations... intéressant!
Hier soir on a signé le bail et j'avais raison d'avoir un peu peur quand il y a deux jours le proprio nous (moi et mon coloc.) a dit qu'il avait des recommandations à nous faire! Le bail fait 21 pages!! et il y a 5 annexes! On est tombés sur le plus tatillon des proprios.! Bon! Il faudra faire avec....
Je me sens quand même un peu revivre... avoir un endroit où vivre! Maintenant il faut trouver des potes pour emménager et ça, c'est dur! Ils se défilent tous... puis-je leur en vouloir ? C'est tellement chiant à faire!
Mais les amis, merde, ça devrait bien servir à quelque chose! 02/10/2003Ma vie emballée!J'ai donc passé un des week-ends les plus chargés qu'on puisse imaginer. A la recherche d'un appartement principalement, à faire des cartons ensuite (mon dieu c'est dingue tout ce que j'ai accumulé ici!!), à louer un garde-meuble enfin et tout ce qui s'ensuit, camion de déménagement...
Hier après-midi donc, toutes mes affaires ont été rangées dans un espace de 10 pieds sur 10 pieds sur 10 pieds. Ce sont de jolies dimensions. Ma vie est là-dedans... emballée; et moi... je suis quoi ? libre ? oui je devrais me sentir libéré du poids du matériel, prêt à bondir vers de nouveau horizons, mais non je suis le cul assis entre deux apparts. et c'est pas confortable.
Mais l'Amérique a du bon; d'abord j'ai touché ma caution avec les intérêts, mon proprio ensuite m'a remboursé une semaine de loyer, et les propriétaires de l'immeuble qui s'est effondré nous ont indemnisés de 00. Ça aide un peu quand même.  |
| Dix raisons d'écrire
"Ecrire n'étant une activité ni normative, ni scientifique, je ne puis dire pourquoi ni pour quoi on écrit. Je puis seulement énumérer les raisons pour lesquelles j'imagine écrire :
1. pour un besoin de plaisir qui, on le sait bien, n'est pas sans rapport avec l'enchantement érotique;
2. parce que l'écriture décentre la parole, l'individu, la personne, accomplit un travail dont l'origine est indiscernable;
3. pour mettre en œuvre un "don", satisfaire une activité distinctive, opérer une différence;
4. pour être reconnu, gratifié, aimé, contesté, constaté;
5. pour remplir des tâches idéologiques ou contre-idéologiques;
6. pour obéir aux injonctions d'une typologie secrète, d'une distribution combattante, d'une évaluation permanente;
7. pour satisfaire des amis, irriter des ennemis;
8. pour contribuer à fissurer le système symbolique de notre société;
9. pour produire des sens nouveaux, c'est-à-dire des forces nouvelles, s'emparer des choses d'une façon nouvelle, ébranler et changer la subjugation des sens;
10. enfin, comme il résulte de la multiplicité et de la contradiction délibérées de ces raisons, pour déjouer l'idée, l'idole, le fétiche de la Détermination Unique, de la Cause (causalité et "bonne cause"), et accréditer ainsi la valeur supérieure d'une activité pluraliste, sans causalité, finalité ni généralité, comme l'est le texte lui-même." R. Barthes "Un critique ayant écrit, que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu'il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu'il ne se rappelait pas) était si bien peint, qu'il était, si on le regardait seul, comme une précieuse oeuvre d'art chinoise, d'une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terres, sortit et entra à l'exposition. Dès les premières marches qu'il eut à gravir, il fut pris d'étourdissements. Bergotte passa devant plusieurs tableaux et eut l'impression de la sécheresse et de l'inutilité d'un art si factice, et qui ne valait pas les courants d'air et de soleil d'un palazzo de Venise, ou d'une simple maison au bord de mer.
Enfin il fut devant le Ver Meer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petis personnages en bleu, que le sable était rose et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il; mes derniers livres sont trop secs : il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit mur jaune." M. Proust Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change,
Le Poëte suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix étrange.
Eux, comme un vil sursaut d'hydre oyant jadis l'ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu
Proclamèrent très haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.
Du sol et de la nue hostiles, ô grief!
Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
Dont la tombe de Poe éblouissante s'orne,
Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur,
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.
Stéphane Mallarmé "Chaque mot écrit est une victoire contre la mort." Butor  |