30/10/2004Pour ne pas oublierFolle semaine en France; passage éclair à Paris qui me ravit toujours; et puis tous ceux qui me font remarquer que je laisse mon blog vierge depuis quelque temps. Il fallait un petit quelque chose dans mon journal pour ne pas oublier.
Pour ne pas oublier que j'ai rencontré Arnaud, que j'ai pris de plein fouet sa beauté et sa jeunesse, que je le revoie dans une heure car il m'a rappelé, et que j'ai été touché que ce soit lui et pas moi pour une fois qui passe le coup de fil de rappel, toujours délicat à faire;
pour ne pas oublier que fin octobre 2004 à Paris, on pouvait sortir sans manteau dans la rue, déjeuner en terrasse, prendre le soleil et qu'il faisait meilleur qu'à San Francisco pour une fois;
pour ne pas oublier tout ceux qui n'avaient rien lu dans mon blog et qui sont sur ma (ou mes) liste(s) amicale(s, ou plus si craquage) et dont j'avais appris par l'intermédiaire de sorty qu'ils disaient bonjour et demandaient des nouvelles;
pour ne pas oublier qu'en tapant ce message, j'ai répondu au téléphone à Paxou qui s'attendait à tout sauf à tomber sur moi, tant qu'il ne m'en a pas reconnu! et je vais du coup passer une soirée tarot chez lui moi qui n'avais encore rien de prévu ce soir.
Voilà! folle semaine, pleine d'imprévus, j'adore! 12/10/2004Pour CécileRien que pour elle, parce qu'elle me dit que je n'écris plus; bien sûr ce n'est pas vrai : je commente à tout va! On ne peut pas toujours s'occuper de soi. Rien que pour elle, Je lui dis que sur cet intérêt de lectrice, sur ce sentiment inconnu dont l'envie m'obsède, j'appose, sans hésiter, violemment, le nom de passionnée.
Pour toi, ma passionnée. Reste le! 07/10/2004Aujourd'hui voir la vie en bleueSans se cogner bien sûr. 01/10/2004Quand un Schtroumpf se cogne, de quelle couleur est son bleu ?Une semaine que la question me turlupine ? Voici la réponse : son bleu est schtroumpf.  |
| Dix raisons d'écrire
"Ecrire n'étant une activité ni normative, ni scientifique, je ne puis dire pourquoi ni pour quoi on écrit. Je puis seulement énumérer les raisons pour lesquelles j'imagine écrire :
1. pour un besoin de plaisir qui, on le sait bien, n'est pas sans rapport avec l'enchantement érotique;
2. parce que l'écriture décentre la parole, l'individu, la personne, accomplit un travail dont l'origine est indiscernable;
3. pour mettre en œuvre un "don", satisfaire une activité distinctive, opérer une différence;
4. pour être reconnu, gratifié, aimé, contesté, constaté;
5. pour remplir des tâches idéologiques ou contre-idéologiques;
6. pour obéir aux injonctions d'une typologie secrète, d'une distribution combattante, d'une évaluation permanente;
7. pour satisfaire des amis, irriter des ennemis;
8. pour contribuer à fissurer le système symbolique de notre société;
9. pour produire des sens nouveaux, c'est-à-dire des forces nouvelles, s'emparer des choses d'une façon nouvelle, ébranler et changer la subjugation des sens;
10. enfin, comme il résulte de la multiplicité et de la contradiction délibérées de ces raisons, pour déjouer l'idée, l'idole, le fétiche de la Détermination Unique, de la Cause (causalité et "bonne cause"), et accréditer ainsi la valeur supérieure d'une activité pluraliste, sans causalité, finalité ni généralité, comme l'est le texte lui-même." R. Barthes "Un critique ayant écrit, que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu'il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu'il ne se rappelait pas) était si bien peint, qu'il était, si on le regardait seul, comme une précieuse oeuvre d'art chinoise, d'une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terres, sortit et entra à l'exposition. Dès les premières marches qu'il eut à gravir, il fut pris d'étourdissements. Bergotte passa devant plusieurs tableaux et eut l'impression de la sécheresse et de l'inutilité d'un art si factice, et qui ne valait pas les courants d'air et de soleil d'un palazzo de Venise, ou d'une simple maison au bord de mer.
Enfin il fut devant le Ver Meer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petis personnages en bleu, que le sable était rose et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il; mes derniers livres sont trop secs : il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit mur jaune." M. Proust Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change,
Le Poëte suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n'avoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix étrange.
Eux, comme un vil sursaut d'hydre oyant jadis l'ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu
Proclamèrent très haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.
Du sol et de la nue hostiles, ô grief!
Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
Dont la tombe de Poe éblouissante s'orne,
Calme bloc ici-bas chu d'un désastre obscur,
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne
Aux noirs vols du Blasphème épars dans le futur.
Stéphane Mallarmé "Chaque mot écrit est une victoire contre la mort." Butor  |